Sunday, September 05, 2010    Register  •  Login
 
   
 
   
   
   
 
 
POLITICS


Droits des femmes : une si longue liste de violations
Seuls trois Etats africains ont adopté une législation mettant à égalité les hommes et les femmSeuls trois Etats africains ont adopté une législation mettant à égalité les hommes et les femm© DR

Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH, explique pourquoi la liste des entraves aux droits des femmes est longue. Il y a un an, la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) lançait la campagne « L’Afrique pour le droit des femmes – Ratifier et respecter ! » Depuis, un intense travail d’enquête a été accompli, publié ce 8 mars - journée internationale des droits des femmes - sous la forme d’un « Cahier d’exigences » adressé aux gouvernements.

Officialisée en 1977 par l'ONU, la journée internationale des droits des femmes est célébrée ce 8 mars. L'occasion pour la FIDH de communiquer sur une action inédite qu'elle a lancée il y a un an, en mobilisant l’ensemble de ses ligues nationales et cinq organisations régionales(*), soit une centaine d’associations dans plus de 40 pays du continent. Les travaux menés aboutissent aujourd’hui la publication d’un « Cahier d’exigences » : des fiches qui scrutent, pour 31 pays du continent, l’état des droits des femmes, leurs principales violations ainsi que les avancées les plus importantes, tout en présentant des recommandations chiffrées.
Seuls trois États ont adopté une législation garantissant une véritable égalité entre les sexes : l’Afrique du Sud, le Bénin et le Cap-Vert. Comme pour prouver qu’il ne suffit pas de légiférer, le rapport de la FIDH révèle que, malgré le caractère progressiste de son corpus juridique, l’Afrique du Sud enregistre le plus grand nombre de viols au monde. Autres faits marquants: 96 % des Guinéennes, mais aussi 93 % des Djiboutiennes ont subi une forme de mutilation génitale, tandis que 71 % des Maliennes et plus de 30 % des Ivoiriennes se sont mariées avant l’âge de 18 ans. Parmi les points positifs, il faut toutefois noter que le Rwanda détient le record mondial du plus fort taux de femmes au Parlement (56 %), suivi par l’Afrique du Sud (44,5 %, 3e rang mondial). Mais le Congo (9,2 %), l’Algérie (7,05 %) et le Tchad (5,2 %) sont en queue de peloton.

"Dès qu'on touche aux droits des femmes, on touche au coeur de la société"
L'état des lieux dressé par la FIDH permet de formuler des revendications ciblées pour chaque pays, telles que la nécessité de criminaliser des violences sexuelles, ou d'abroger des lois consacrant le statut inférieur de la femme dans la famille et l’empêchant, entre autres, d’accéder à la propriété… La liste est longue. « Dès qu’on touche aux droits des femmes, on touche au cœur de la société, rappelle Souhayr Belhassen, la présidente de la FIDH (voir son interview vidéo ci-dessous). Les hommes perçoivent cela comme une déstabilisation sociale et, donc, une perte de pouvoir. »

L’objectif de l'initiative de la FIDH est clair : mettre les États face à leurs responsabilités pour que les textes - qu’ils ont pour la plupart ratifiés - de la Convention de l’ONU et du Protocole de l’Union Africaine sur les droits des femmes soient appliqués et intégrés dans les législations nationales. Depuis son lancement, la campagne de la FIDH a accompagné des avancées. Le Burkina Faso, par exemple, a adopté une loi instaurant un quota de 30 % de femmes sur les listes de candidats des partis politiques, tandis que l'Ouganda a commencé à appliquer une loi contre les mutilations génitales féminines.

(*) Femmes, droits et développement en Afrique (Wildaf/Feddaf ), Femmes Africa solidarité (FAS), Women’s Aid Collective (Wacol), Women and Law in South Africa (WLSA), Centre africain pour la démocratie et les études des droits de l’homme (ACDHRS).
La campagne est notamment parrainée par les prix Nobel de la paix Desmond Tutu et Shirin Ebadi, les prix Nobel de littérature Wolé Soyinka et Nadine Gordimer, ainsi que par de nombreux artistes dont Youssou N’Dour, Tiken Jah Fakoly, Angélique Kidjo, Salif Keita, Rachid Taha… Voir le blog de la campagne ici.


Mohammed VI appelle à régler le "différend artificiel" du Sahara

Mohammed VI devant le parlement à Rabat, en octobre 2009Mohammed VI devant le parlement à Rabat, en octobre 2009© AFP

Le roi du Maroc a transmis un message aux participants du sommet UE/Maroc les invitant à régler la question du Sahara Occidental, qualifié de "différend artificiel", en s'appuyant sur sa proposition d'une plus large autonomie pour cette "région".

Le roi Mohammed VI du Maroc a appelé dimanche dans un message transmis lors du sommet UE/Maroc à un "règlement politique du différend artificiel" du Sahara Occidental sur la base de la proposition marocaine de large autonomie pour cette "région".

Le Maroc "engage les autres partis à répondre à l'appel du Conseil de sécurité (de l'Onu, ndlr) et à s'engager en faveur d'un règlement politique au différend artificiel relatif à son intégrité territoriale sur la base de l'intiative marocaine dotant la région du Sahara d'une autonomie élargie dans le cadre de la souveraineté du royaume (marocain, ndlr), de son unité nationale et de son intégrité territoriale", selon ce message dont l'AFP a eu copie.

Rabat estime que le Sahara occidental, une ancienne colonie espagnole annexée en 1975, fait partie intégrante du royaume et propose une large autonomie sous sa souveraineté.

Tensions avec l'Algérie en toile de fond

Le Front Polisario, soutenu en particulier par l'Algérie, réclame en revanche un référendum d'autodétermination incluant l'option de l'indépendance.

Dans ce message rédigé en français, le souverain marocain --qui n'est pas présent à ce premier sommet entre l'UE et le Maroc-- "réitère son engagement pour une relance crédible et sérieuse de la construction maghrébine et pour l'édification d'un avenir commun fondé sur le respect de la souveraineté des Etats, de leur intégrité territoriale et des règles de bon voisinage".

Le premier sommet entre l'Union européenne et le Maroc, qui a obtenu en 2008 de l'UE le "statut avancé" qu'il réclamait depuis 2004, a lieu ce week-end à Grenade (sud de l'Espagne) avec au programme des discussions, notamment, le Sahara occidental, l'Union pour la Méditerranée et le Proche-Orient.

La délégation marocaine est conduite par le Premier ministre marocain, Abbas el Fassi. Côté européen, participent à la réunion le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, le président de la Commission José Manuel Barroso, le chef de gouvernement espagnol José Luis Rodriguez Zapatero et son ministre des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos.

Sékouba Konaté fixe l'élection présidentielle au 27 juin
Sékouba Konaté, le président guinéen de transitionSékouba Konaté, le président guinéen de transition© Reuters/Staff

Dans un décret publié dimanche 7 mars, le président de la République guinéenne par intérim confirme la date de la présidentielle proposée par la Ceni.

La commission électorale nationale indépendante (Ceni) avait déjà proposé cette date, le 21 février dernier. Le général Sékouba Konaté, président de transition, l'a confirmée par un décret publié dimanche 7 mars. "Le président de la République par intérim fixe la date du premier tour pour l'élection présidentielle au 27 juin 2010, indique le document, qui appelle également toutes les institutions à se mobiliser pour l'objectif. "Le président demande au Premier ministre [de transition, Jean-Marie Doré, NDLR], à la présidente du CNT [Conseil national de transition, Rabiatou Sérah Diallo, NDLR] et au président de la Ceni [Ben Sékou Sylla, NDLR] de prendre toutes les mesures pour le respect strict de cette date", ajoute le texte.

La date d'un second tour éventuel n'a pas été évoquée dans le décret. La Ceni avait cependant précisé qu'il pourrait se tenir le 18 juillet. Elle avait également proposé que le lancement de la campagne électorale puisse avoir lieu le 17 mai et que celle-ci se déroule jusqu'à la veille du premier tour, le 26 juin. Si le scrutin présidentiel se tient à la date prévue et qu'il est accepté par les militaires guinéens, il devrait marquer la fin de la transition entamée le 15 janvier avec la signature de l'accord de sortie de crise de Ouagadougou, et mettre un terme à la transition entamée après le coup d'Etat militaire du 23 décembre 2008.

Elargissement du CNT
Autre mesure rendue publique ce dimanche, un second décret présidentiel élargit la composition du CNT, qui comptera désormais 54 membres supplémentaires, passant de 101 à 155 membres. Parmi ces derniers, des magistrats, des avocats, des journalistes de médias d'Etat, des pharmaciens ou des handicapés renforceront la représentativité sociale de l'organe consultatif dirigé par la syndicaliste Rabiatou Serah Diallo. L’Alliance nationale pour le renouveau (ANR), a boycotté le CNT car celui-ci a octroyé plus de postes aux Forces vives (opposition). L’ANR regroupe regroupant des partis politiques dont l’Union pour le progrès et le renouveau (UPR) de feu Siradiou Diallo (actuellement dirigé par Bah Ousmane, également président de l'ANR) et l’Union démocratique de Guinée (UDG) de l’homme d’affaires Mamadou Sylla.

Depuis que le chef de la junte, Moussa Dadis Camara, a été victime d'une tentative d'assassinat en décembre 2009, c'est le général Konaté, homme-clef de la prise du pouvoir par l'armée fin 2008, qui dirige la Guinée. Présidant de "transition", son objectif proclamé est d'accompagner la Guinée à sa première élection présidentielle libre depuis son indépendance en 1958.

Faure Gnassingbé réélu, Fabre appelle à manifester
Le président sortant Faure Gnassingbé est reconduitLe président sortant Faure Gnassingbé est reconduit© Jean-Claude Abalo pour J.A.

Selon les résultats annoncés par la Ceni pour la présidentielle du 4 mars, le président sortant Faure Gnassingbé est reconduit. Mais le candidat de l'UFC, Jean-Pierre Fabre, arrivé deuxième, conteste cette victoire et appelle à multiplier les manifestations.

Mise à jour le 8 mars 2010 à 08h03

Le président sortant Faure Essozimna Gnassingbé, candidat du Rassemblement du peuple togolais (RPT), a remporté la présidentielle du 4 mars au Togo, selon les résultats rendus publics samedi soir vers 22 heures par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni). Il a obtenu 1 243 044 voix sur 2 040 546 suffrages exprimés, soit 60,92 % des voix. Son principal challenger, Jean-Pierre Fabre de l’Union des forces de changement (UFC), soutenu par le Front républicain pour l’alternance et le changement (Frac) est crédité de 692 584 voix, soit 33,94 % des suffrages exprimés. Le taux de participation est faible, ce qui n'est pas une surprise. Il s'élève à 64,68 % pour 2 119 829 votants. Les bulletins nuls comptabilisés jusqu'à présent sont au nombre de 119 283. Le scrutin a été qualifié de "libre" par la mission de la Cédéao (Communauté des Etats de l'Afrique de l'Ouest), qui a toutefois relevé des "insuffisances" concernant la fiabilité et l'authentification des bulletins de vote.

"Je ne reconnais pas la prétendue victoire de Faure"

Jean-Pierre Fabre a fait savoir qu'il ne reconnaissait pas "la prétendue victoire de Faure Gnassingbé". Le candidat de l'UFC affirme avoir remporté l'élection avec 55 à 60% des voix. Dès samedi soir, il a pris la tête d'une manifestation dans le centre-ville. Celle-ci a été dispersée à coup de gaz lacrymogènes près de la Place de l’indépendance. Le candidat de l'UFC a été blessé au dos tandis que Kofi Yamgnane, qui était avec lui, a été blessé au tibia. Ils ont dû trouver refuge au siège de l’UFC.

Dimanche, un scénario similaire s'est déroulé dans le quartier de Bè. Devant le siège de l'UFC, où quelques centaines de jeunes étaient réunis, Jean-Pierre Fabre a de nouveau mis en garde. "Nous allons multiplier les manifestations. Nous n'allons pas nous laisser faire", a-t-il affirmé. "Je conteste absolument les chiffres publiés car la procédure utilisée par la Céni est illégale" a-t-il ajouté.

Dans l'après-midi, une manifestation de quelques centaines de personnes a été organisée dans le quartier. Des escouades de gendarmes casqués et armés de matraques l'ont très imédiatement dispersée, en utilisant des grenades lacrymogènes. "Vous êtes témoins de la brutalité et de la sauvagerie dont les Togolais sont victimes sous le régime RPT (parti au pouvoir) depuis des décennies", a lancé Jean-Pierre Fabre, qui faisait partie du cortège, à des journalistes.

Par ailleurs, quelques membres du Mouvement citoyen pour l’alternance (MCA) ont été appréhendés et plusieurs autres auraient pris le maquis, selon des sources familiales. Deux collaborateurs du candidat Agbéyomé Kodjo, de l'Organisation pour bâtir dans l’union un Togo solidaire (Obuts), ont été arrêtés dans la matinée de samedi par la gendarmerie. Selon une source proche de la Force de sécurité Élection présidentielle (Fosep), ils étaient en possession de « tracts invitant la population à l’insurrection ». Dans le document incriminé, Kodjo dénoncerait une stratégie de fraude qu’aurait mise en place la Ceni pour avantager « un parti », en l’occurrence le RPT.

Faure Gnassingbé ne s'est pas encore exprimé publiquement, mais le RPT s'est félicité de son élection, assurant qu'il était porté par une "dynamique populaire".

L'UFC a annoncé que l'opposition manifesterait "tous les jours" par la voix de son vice-président, Patrick Lawson. Dans un communiqué, le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a exhorté les Togolais à faire preuve de calme et de retenue (avec la rédaction web de Jeune Afrique).

Rwanda: Aubry aurait présenté des "excuses"


La première secrétaire du PS Martine Aubry a affirmé dimanche que si elle avait été à la place de Nicolas Sarkozy, elle aurait présenté des "excuses" aux victimes du génocide rwandais et a admis que les déclarations du chef de l'Etat constituaient "un pas".

Interrogée sur le plateau de l'émission Dimanche + sur le fait de savoir si elle aurait présenté des excuses, elle a répondu: "oui je pense parce que là les faits sont marquants et puis aux Etats-Unis les excuses ont été réalisées".

Le président français Nicolas Sarkozy a reconnu jeudi à Kigali les "graves erreurs" et "une forme d'aveuglement" de la France lors du génocide de 1994 au Rwanda et a scellé avec son homologue Paul Kagame la réconciliation entre les deux pays après trois ans de brouille.

Il n'a toutefois pas prononcé les excuses attendues par les victimes rwandaises.

Selon Mme Aubry, Nicolas Sarkozy a cependant "fait un pas". "Avec le passé qu'avait Nicolas Sarkozy après son discours de Dakar où il avait expliqué que l'Afrique n'était jamais rentrée dans l'histoire, qu'elle n'avait pas d'avenir. On a fait là un pas. Prenons le comme ça", a-t-elle jugé.

"Le président de la République a fait un pas et je crois que déjà c'est très important", a-t-elle ajouté.

Le 26 juillet 2007 à Dakar, à l'occasion de son premier déplacement en Afrique subsaharienne, le président français avait prononcé un discours mal perçu sur ce continent déclarant notamment : "le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire".

De gros nuages menacent l'Afrique


Des répliques de la crise pourraient se produire en AfriqueDes répliques de la crise pourraient se produire en Afrique© Sipa

Les retombées de la crise économique semblaient s'estomper et la relance arriver doucement, mais une seconde secousse touche certaines économies des pays du Nord. L'Afrique redoute cette réplique qui inévitablement arrivera jusqu'à elle.

Les Africains se croyaient tirés ­d’affaire. Les prix des denrées alimentaires et du pétrole, dont les augmentations avaient tant saigné leurs budgets en 2008, avaient reflué. Les cours des matières premières dont regorge le sous-sol africain étaient, eux, repartis à la hausse en 2009, avec des doublements pour le cuivre ou le ­pétrole notamment, ce qui promettait de remettre d’aplomb leurs recettes publiques et leurs balances commerciales.

Tant et si bien que Banque mondiale et Fonds monétaire international (FMI) leur promettaient une sortie de crise plus rapide que pour les pays développés. Et même un retour des belles ­années 2000, quand la croissance dépassait en moyenne 5 % sur l’ensemble du continent. Ce n’était peut-être pas suffisant pour atteindre les Objectifs du millénaire et diviser par deux la pauvreté, mais cette cadence était bonne à prendre pour améliorer le sort des déshérités comme de la classe moyenne en Afrique.

Hélas, des craquements venus du Nord font redouter qu’une réplique de la crise soit en cours. Dubaï incapable d’honorer ses ­dettes, la Grèce en grand danger de se trouver dans la même situation, l’Espagne pointée du doigt par la spéculation : on est en train de découvrir avec effroi que la dette souveraine des États de la planète a atteint à la fin de 2009 la somme phénoménale de 50 000 milliards de dollars !

Branle-bas de combat en faveur des économies. Une fois dépensés les 2 900 milliards de dollars des plans de relance, une fois supprimées les réductions d’impôts, les bonifications de crédit, les subventions à certains produits de consommation comme l’automobile, les pays industrialisés vont devoir se serrer la ceinture s’ils ne veulent pas déclencher une nouvelle récession.

Dans le même temps et pour de tout autres raisons, la Chine appuie sur le frein d’une économie en état de surchauffe. Des « bulles » spéculatives gonflent dangereusement à la Bourse de Shanghai, notamment sur les matières premières, en raison d’un crédit trop abondant et distribué sans discernement. L’empire du Milieu a de l’argent en abondance (1 400 milliards de dollars), mais il doit le consacrer à ses infrastructures plutôt qu’à ses exportations, à relever le niveau de vie de ses citoyens plutôt qu’à l’investissement à l’étranger. La Chine devrait donc, elle aussi, se montrer moins entreprenante et moins généreuse dans les mois à venir.

Les conséquences de cette prudence en passe de devenir universelle ne vont pas tarder à peser sur l’Afrique. La demande mondiale est en train de faiblir, comme en témoignent les nombreux paramètres (fret maritime, indices d’activité, indices de confiance) qui disent que les échanges internationaux se figent en ce début d’année.

Or moins de demande veut dire moins de devises sous forme d’investissements et de recettes d’exportations, moins de salaires, moins de dépenses publiques, moins d’écoles, moins de routes, moins d’hôpitaux, etc.

Un autre danger pointe. La crise de la dette devrait généraliser d’ici à la fin de 2010 le relèvement des taux d’intérêt. Cette hausse rendra plus coûteux les prêts destinés au développement et réduira d’autant les budgets des États africains.

Autrement dit, l’économie mondiale est en train d’amorcer ce que les experts appellent une courbe en « W », c’est-à-dire qu’une petite rechute va succéder à la belle reprise de 2009. Les marchés boursiers et ceux des matières premières ont senti venir cette mauvaise passe et sont tous en chute depuis le début de l’année.

Combien de temps pourrait durer cette potion amère ? Quelques mois en principe, si un vent de panique ne se met pas à souffler sur le monde. Qui en souffrirait le plus ? Les États les plus endettés et les pays les plus dépendants du commerce international. Même les plus pauvres, qui ne sont pour rien dans la récession, vont devoir se serrer la ceinture. Et c’est parfaitement injuste.

Immigration : la preuve par l'absence


Le 1er mars 2010, journée historique en France ? A l'appel du collectif "La journée sans immigés", ces derniers et tous les sympathisants de leur cause qui veulent protester contre la discrimination sont invités à boycotter l'économie.
« Montrer par leur absence, la nécessité de leur présence » : tel est le pari lancé par un collectif baptisé "Journée sans immigrés, vingt-quatre heures sans nous", qui appelle tous ceux qu’exaspèrent les clichés sur les immigrés et les dérapages récurrents des politiques français à leur propos à cesser, une journée durant, toute participation à la vie économique. Autrement dit, à ne pas travailler et à ne pas consommer ce jour-là. Le collectif a choisi pour cela la date symbolique du 1er mars, qui marque l’entrée en vigueur du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (Ceseda).

La démarche s’inspire de l’opération "A Day without an Immigrant" lancée, en mai 2006, par les Latinos américains pour protester contre une proposition de loi au Congrès visant à pénaliser l’immigration clandestine. Deux millions de manifestants étant descendus dans les rues de Los Angeles, l’administration Bush avait fait machine arrière.
En France, c’est notamment la journaliste Nadia Lamarkbi qui est à l’initiative du projet, d’abord sur le réseau social Facebook, où il a rapidement réuni un tel nombre de sympathisants que des comités régionaux ont été créés un peu partout (Lyon, Amiens, etc.) et jusqu’en Italie, où un collectif baptisé "Il primo marzo 2010" a vu le jour. À la mi-février, le groupe comptait plus de 62 800 membres. Amadou, un biologiste de 32 ans, est du nombre. « J’ai déjà posé une journée de RTT et n’achèterai rien ce jour là », confirme-t-il.
Tous ne sont pas dans son cas. S’abstenir de consommer ? Pourquoi pas, mais de là à sacrifier une journée de travail (et de salaire)… « J'ai rejoint ce groupe parce que je suis la petite-fille d’un immigré roumain déchu de sa nationalité française par les lois de Vichy, explique Catherine. Il la récupéra à la Libération, mais le traumatisme est resté. Le 1er mars, il sera difficile pour moi de ne pas bosser, mais je n’hésiterai pas à faire la grève de la consommation. »

En théorie, quatorze millions de personnes sont concernées, puisque tel est le nombre estimé d’immigrés ou de descendants d’immigré vivant en France. Mais beaucoup, même s’ils adhèrent aux valeurs du collectif, ne sont pas forcément d’accord ni sur la démarche, ni même sur le nom du collectif qui, à leurs yeux, ne fait que « stigmatiser » davantage les immigrés.
Reste à savoir si les milliers de membres qui ont virtuellement adhéré au collectif sur Facebook passeront à l’acte. Combien s’habilleront de noir et se rassembleront devant les mairies de France, de 12 heures à 14 heures, comme le demande le collectif ? Verdict en fin journée.

Algérie-France : la déchirure


Jamais les sujets d’incompréhension entre les deux pays n’ont été si nombreux et les tensions si profondes. Enquête sur des amants terribles.

Les projets de loi déposés par les députés à l’Assemblée populaire nationale durant l’actuelle législature se comptent sur les doigts d’une seule main. Celui proposé, le 13 janvier 2010, par Moussa Abdi, élu du Front de libération nationale (FLN), fera date. Le texte demande la criminalisation du colonialisme. Viendrait-il à être adopté qu’il entraînerait la création de juridictions spéciales chargées de juger les responsables politiques et militaires français pour les crimes de guerre perpétrés entre 1954 et 1962, et pour les crimes contre l’humanité qui auraient eu lieu durant la longue période coloniale (cent trente-deux ans de présence française en Algérie). Soutenue par 125 députés (sur 389), l’initiative est une réponse tardive à la loi française du 23 février 2005 qui reconnaissait les côtés positifs de la colonisation (texte finalement abrogé un an plus tard). Nouveauté : l’exigence de repentance, terme qu’abhorre le président Nicolas Sarkozy, ne suffit plus. En plus des excuses demandées à ­l’ancienne métropole et de la reconnaissance du « génocide », il lui serait désormais exigé des compensations financières, à ­l’image des accords entre l’Italie et la Libye qui prévoient des dédommagements à hauteur de 5 milliards de dollars sous forme d’investissements.

Les poussées de fièvre entre Alger et Paris sont cycliques, mais celle que provoque la démarche du représentant du FLN est sans aucun doute la plus grave car elle menace durablement l’équilibre des relations entre les deux pays. D’autant qu’elle survient dans un climat déjà lourd. Les canaux de dialogue entre les deux capitales sont quasi nuls, les divergences sur des questions géostratégiques s’accumulent (Proche-Orient, Sahara occidental, problèmes de sécurité au Sahel, etc.) tandis que les contentieux juridiques et politiques se multiplient.

Rendez-vous manqués

Les contacts à un haut niveau entre les deux pays deviennent rarissimes. Le dernier responsable français reçu par le président Abdelaziz Bouteflika fut le Premier ministre François Fillon. Cela remonte à juin 2008. Il séjournait à Alger pour préparer la visite d’État que devait effectuer Bouteflika en 2009 et qui n’a jamais eu lieu. À ce jour, « elle n’est pas inscrite dans le calendrier du président de la République », précise Mourad Medelci, ministre algérien des Affaires étrangères.

Même les chefs de la diplomatie n’arrivent pas à caler un rendez-­vous malgré les dossiers de coopération bilatérale qui encombrent leurs bureaux. Après avoir raté celui prévu à New York en septembre 2009, en marge des travaux de l’Assemblée générale des Nations unies (la rencontre n’a duré que ­quelques minutes à cause des divergences à propos de son contenu et du refus de ­Bouteflika de rencontrer Sarkozy), Bernard ­Kouchner et Mourad Medelci ont, d’un commun accord, reporté le voyage que devait effectuer à la mi-janvier 2010 le ­ministre français des ­Affaires ­étrangères à Alger.

Un passé qui ne veut pas passer

Près d’un demi-siècle après l’indépendance, les démons du passé polluent le présent et obèrent l’avenir des relations entre l’Algérie et l’ancienne puissance coloniale. Toutefois, les questions de mémoire n’expliquent pas à elles seules les convulsions cycliques qui caracté­risent le dialogue franco-algérien.

De puissants lobbies hostiles à toute normalisation existent de part et d’autre : nostalgiques de l’Algérie française dans l’Hexagone, rentiers de la légitimité révolutionnaire dans l’ex-colonie. Ces groupes de pression, adversaires hier, alliés objectifs aujourd’hui, empêchent toute approche ­pragmatique dans les relations entre les deux pays. En France, ils se recrutent dans les associations de rapatriés d’Afrique du Nord, tel le Recours. En Algérie, on les trouve au sein de Machaal Echahid (« Le Flambeau du martyr ») ou encore de la Fondation du 8-Mai-1945. Ils para­lysent toute initiative de rapprochement, fût-elle l’émanation de la plus haute autorité du pays.

Trois anecdotes illustrent le blocage de toute démarche visant à assainir le lourd passif.

En juin 2000, Abdelaziz Bouteflika effectue une visite d’État à Paris. L’ambiance est plutôt cordiale avec son homologue Jacques Chirac. En signe de bonne volonté, il invite les rapatriés d’Algérie à « investir » dans leur « pays natal ». Et adresse une invitation personnelle au plus connu des pieds-noirs : le chanteur Enrico Macias. Tollé en Algérie et mobilisation sans précédent de la « famille révolutionnaire », terme générique désignant les associations et partis algériens se réclamant du nationalisme pur et dur. Un comité « anti-Macias » est même créé. À sa tête : Abdelaziz Belkhadem, alors ­ministre d’État, représentant permanent de Bouteflika. La mobilisation est si forte que la visite du plus illustre rapatrié est annulée. Enrico Macias ne reverra pas sa ville natale, Constantine.

Oran, mars 2003. Près de 1 ­million d’Algériens réservent un accueil triomphal à Jacques Chirac, ce « héros arabe ». Pour la première fois depuis l’indépendance, des dizaines de milliers de drapeaux français ornent les balcons d’Oran. Oubliées les accusations de torture de l’armée coloniale et les « corvées de bois » des paras de Bigeard. Chirac évoque un traité d’amitié et en esquisse les contours avec son hôte. Mais ­quelques mois plus tard, des députés proches du président français torpillent son projet en proposant la fameuse loi qui sera adoptée en février 2005.

En décembre 2007, Nicols Sarkozy effectue sa première visite en Algérie en qualité de président de la ­République. À la veille de son arrivée, Mohamed Cherif Abbas, ministre algérien des Moudjahidine (Anciens Combattants), déclare que « Sarkozy ne doit son élection qu’au soutien du lobby juif en France ». Ces propos antisémites embarrassent Bouteflika, qui ne prend pas pour autant de sanctions contre le gaffeur…

Une question de personnes

Les lobbies antinormalisation ont donc leur part de responsabilité, mais l’entente entre les dirigeants joue également un rôle important dans les relations diplomatiques.

Paradoxalement, pour Bouteflika, ancien commandant de l’Armée de libération nationale, le courant passait mieux avec Jacques Chirac, ex-bidasse dans le djebel algérien, qu’avec Nicolas Sarkozy, encore en culottes courtes au moment de la guerre. À ses yeux, le côté florentin du premier vaut mieux que l’hyperactivité du second. Il préfère la malheureuse formule de Chirac sur « le bruit et l’odeur » à « l’immigration choisie » de Sarkozy, estimant que si la première insulte, la seconde encourage la fuite des cerveaux. Quand ce dernier, à l’occasion de son voyage en Algérie, l’avait remercié pour les conseils qu’il lui avait prodigués alors qu’il était ­candidat à l’Élysée, Bouteflika l’avait interrompu pour lui préciser qu’il s’agissait « d’avertissements et non de conseils ». Un langage qu’on ne le voit pas tenir à un Chirac.

Simple décalage générationnel ? Peut-être, mais qui n’explique pas tout. La posture gaulliste de Chirac trouvait grâce aux yeux du président algérien, contrairement à l’alignement systématique de Sarkozy sur les positions américaines, notamment au Proche-Orient. Plus grave, l’hostilité affichée par les ministres français à propos des mesures restrictives en matière d’investissements étrangers et d’importations, adoptées en juillet 2009, a irrité Bouteflika. « Nous avons très peu apprécié, note un proche collaborateur de ce dernier, les menaces proférées par le gouvernement français de mobiliser ses alliés de l’Union européenne pour obtenir de l’Algérie qu’elle fasse marche arrière. »

Comme si tout cela ne suffisait pas, la première moitié du quinquennat de Nicolas Sarkozy coïncide également avec la multiplication d’affaires judiciaires qui embarrassent Alger. ­L’affaire Hasseni, d’abord, du nom du chef du protocole du ministère algérien des Affaires étrangères accusé par un déserteur de l’armée algérienne d’être impliqué dans l’assassinat de l’opposant André Ali Mecili, en 1987, à Paris. Interpellé à Marseille en août 2008 et mis en examen depuis, Hasseni, qui dénonce une homonymie avec le réel commanditaire, a dû attendre plus de dix-huit mois avant que le parquet requière un non-lieu.

Le secret-défense s’en mêle

Autre instruction judiciaire embarrassante : celle de l’assassinat des moines de Tibéhirine, en 1996, mise sur le dos de l’armée algérienne par l’étrange témoignage, treize ans après les faits, de l’ancien attaché de défense de l’ambassade de France à Alger. La réouverture de l’instruction a provoqué une levée immédiate du secret-défense en France. Ce même secret-défense qui est invoqué chaque fois que les Algériens réclament, en vain, la restitution d’archives qui les concernent, notamment la localisation des lieux d’enfouissement des déchets nucléaires.

Là aussi, nouveau motif de ­tension. Entre 1960 et 1966, la France a ­procédé à 17 essais nucléaires à ­Reggane (à 1 700 km au sud d’Alger) et à In Ekker, dans la région de ­Tamanrasset. « L’armée française a attendu plus de ­quarante-cinq ans avant de nous ­remettre les plans de pose de mines ­antipersonnel aux frontières avec la Tunisie et le Maroc. ­Combien de temps attendra-t-elle avant de nous ­remettre la liste des sites où elle a enterré ses déchets nucléaires ? » s’interroge ­Abderrahmane Leksassi, animateur de l’Association des ­victimes ­algériennes des essais ­nucléaires (Avaen). À l’occasion du cinquantenaire de « Gerboise bleue » (nom de code du premier tir de bombe nucléaire), le 13 février, l’avocate Fatma ­Benbraham a ­annoncé qu’elle disposait de ­suffisamment de preuves pour attaquer devant les tribunaux internationaux la France pour génocide. « Un rapport militaire ­français relève la présence au moment des expériences nucléaires de quelque 40 000 ­habitants dans cette région, entre nomades et sédentaires, explique-t-elle. Cela ­contredit la version officielle soutenant que les essais ont eu lieu dans des zones sans vie, comme l’avait promis le représentant de la ­France aux Nations unies en 1957. »

L’avocate, soutenue par une communauté de chercheurs et d’historiens algériens, apporte ainsi la caution de la société civile à l’avant-projet de loi de Moussa Abdi.

Dans une interview qu’il nous a accordée, le député n’a d’ailleurs pas fait mystère de sa ­volonté d’associer les parlementaires des autres anciennes colonies françaises au projet de ­criminalisation de la colonisation. Il ­compte évoquer la question avec des élus marocains et tunisiens. Une ­manière d’internationaliser sa ­démarche pour la rendre plus efficace. C’est ainsi que des élus algériens parmi les ­signataires de la proposition de loi ont tenté, lors d’une mission parlementaire au ­Vietnam durant la première semaine de février, de convaincre leurs ­interlocuteurs du bien-fondé de leur projet. Ce qui n’a pas manqué de déclencher la colère ­d’Hubert Falco, secrétaire d’État ­français aux Anciens Combattants.

Dernier dossier qui fâche : l’inscription de l’Algérie sur la liste des pays dont les ressortissants sont à surveiller dans les aéroports. « C’est inacceptable, réagit Abdelaziz Belkhadem, ­ministre d’État et patron du FLN. La France parle de partenariat d’exception mais agit de manière discriminatoire à notre ­encontre. Si Paris persiste, il y aura des mesures de réciprocité. » Les Français privés de visa ? La guerre serait véritablement ouverte…

Ce serait dramatique, car, pour la majorité des Algériens, méconnaissant leur histoire – qui n’a jamais réellement été écrite –, la France n’est ni le général Aussaresses ni le général Massu. C’est un peu plus « Sarko », Hortefeux ou Besson. Mais c’est aussi, et surtout, Zidane, Diam’s, Akhenaton ou Isabelle Adjani. Tous ceux qui, à leurs yeux, incarnent la France qu’ils aiment.


La junte s'exclut de la présidentielle


Salou Djibo,le chef de la junte qui a renversé Mamadou Tandja, ici le 21 février 2010Salou Djibo,le chef de la junte qui a renversé Mamadou Tandja, ici le 21 février 2010© AFP

Les putschistes qui dirigent la transition depuis le coup d'Etat au Niger ont affirmé qu'aucun des leurs ne serait candidat à la prochaine élection présidentielle. Ils se sont engagés à "restaurer l'ordre constitutionnel", mais sans donner d'échéance.

Pour garantir le retour de l'ordre démocratique et rendre le pouvoir aux civils, la junte aux commandes du Niger depuis son coup d'Etat, a assuré à la population qu'elle ne se porterait pas candidate à la prochaine élection présidentielle. Dans une allocution radiodiffusée dimanche 28 février, Salou Djibo, numéro un du régime, a déclaré : "Pour assurer une conduite sereine et impartiale de la transition, nous prenons l'engagement qu'aucun membre du Conseil suprême (junte) ou du gouvernement de transition ne sera candidat aux prochaines élections présidentielles". "Le Conseil suprême s'engage à restaurer l'ordre constitutionnel dans un délai raisonnable qui sera proposé par le Conseil consultatif", a poursuivi le nouveau chef de l'Etat sur les ondes de la Voix du Sahel. "Notre seule ambition est d'accompagner le retour à la démocratie dans notre chère patrie. L'ère des régimes autocratiques est bel et bien révolue dans ce pays qui n'a d'autre vocation que d'être démocratique", a encore dit Salou Djibo.

Constitution suspendue

Un "Conseil suprême pour la restauration de la démocratie" (CSRD) a renversé le président Mamadou Tandja le 18 février dernier. Le président nigérien s'accrochait au pouvoir. Il aurait dû quitter la présidence le 22 décembre dernier, au terme de son dernier mandat. Mais après avoir dissous la cour constitutionnelle et le Parlement, il avait, en août dernier, fait voter un référendum constitutionnel lui garantissant la non limitation des mandats. A 71 ans, Mamadou Tandja restait persuadé d'être l'élu du peuple et de rester démocratiquement à la tête du pays.

Depuis plusieurs mois, la tension montait entre l'armée et le pouvoir et, le 18 février, trois colonels ont fait plier le président en quelques heures. Les putschistes ont immédiatement suspendu la Constitution controversée d'août 2009 et dissous le gouvernement. Le coup d'Etat a eu lieu lors d'un conseil des ministres dans le palais présidentiel. Les militaires ont arrêté Mamadou Tandja ainsi que plusieurs membres de son gouvernement.

Quelle durée pour la transition ?

Le CSRD s'est doté d'un chef de l'Etat, le chef d'escadron Salou Djibo, et d'un Premier ministre civil, Mahamadou Danda. Un gouvernement de transition doit être mis en place, ainsi qu'un Conseil consultatif, chargé de travailler à l'avenir du pays. La junte a promis la tenue d'élections à l'issue d'une période de transition dont la durée n'a pas été précisée. Les appels se sont multipliés au Niger et au sein de la communauté internationale pour que cette transition soit la plus brève possible et pour que la junte restaure les règles démocratiques dans le pays.

La communauté internationale, qui avait condamné et même sanctionné économiquement les dérives autoritaires du président déchu, les jugeant anticonstitutionnelles, a condamné - du bout dès lèvres - le coup d'Etat du 18 février et encouragé à une rapide transition. Sans attendre, la junte au pouvoir a entamé une tournée régionale en Afrique de l'ouest afin de rencontrer les dirigeants des pays voisins du Niger.
La rue, elle, a donné massivement son soutien aux putschistes, estimant qu'ils avaient mis fin à l'autocratie de Tandja, mais de nombreuses organisations représentant la société civile ont aussi appelés ces derniers à restaurer l'ordre démocratique rapidement.

Yar'Adua, de retour, laisse les rênes du pays à Goodluck Jonathan

Le président nigérian Umaru Yar'Adua, le 13 décembre 2007 à Washington
Le président nigérian Umaru Yar'Adua, le 13 décembre 2007 à Washington
© AFP
Le chef de l'Etat nigérian a atterri dans la nuit de mardi à mercredi dans la capitale nigériane. Son avion a été immédiatement rejoint par une ambulance, ce qui laisse planer le doute sur sa santé.

Publié le 24 février 2010 à 11h20, remis à jour à 15h50

Rentré au Nigeria après une longue convalescence, le président Umaru Yar'Adua devrait poursuivre sa guérison à son domicile et laisser les rênes du pouvoir à son vice-président, Goodluck Jonathan, qui assure actuellement la présidence par intérim.

"Pendant que le président poursuit sa guérison, le vice-président Jonathan va continuer de s'occuper des affaires de l'Etat", a en effet indiqué Segun Adeniyi, le porte-parole du président, dans un communiqué publié mercredi 24 février.

Après trois mois d'hospitalisation en Arabie saoudite, le président nigérian Umaru Yar'Adua est rentré dans son pays, a confirmé Abdallah Aminchi, l'ambassadeur du Nigeria à Ryad.

Deux avions ont atterri peu avant 2 heures du matin (01h00 GMT) mercredi à l'aéroport d'Abuja, et se sont rangés dans l'aire réservée au chef de l'Etat. Une ambulance et plusieurs 4X4 aux vitres teintées se sont immédiatement rendus au pied de l'appareil. L'aéroport était placé sous haute sécurité.

Un seul signe de vie

Ce retour du chef de l'Etat nigerian ne lève pas l'incertitude planant sur son état de santé. Umaru Yar'Adua était hospitalisé à Djeddah (Arabie Saoudite) depuis le 23 novembre pour une affection au coeur et des problèmes rénaux.

Âgé de 58 ans, il n'avait donné qu'un seul signe de vie aux médias en accordant un bref entretien à la radio britannique BBC, le 12 janvier. Depuis, il n'a pas été vu en public.

L'ambassadeur nigérian en Arabie Saoudite a affirmé que "son état de santé [s'était] énormément amélioré" ces derniers temps. Mais Emmanuel Egbogah, un conseiller d'Umaru Yar'Adua, a estimé "incertaine" une reprise immédiate de ses fonctions.

La suite de la journée devrait permettre d'en savoir plus. La participation de Yar'Adua à une réunion ministérielle prévue aujourd'hui pourrait être un signe de son aptitude à reprendre le pouvoir, deux semaines après la désignation de Goodluck Jonathan comme président par intérim.

A contrario, son absence soulèverait de nouvelles interrogations sur sa capacité à diriger le pays dans un avenir proche.

Mahamadou Danda, Premier ministre de consensus
Un

Un "béret vert" dans les rue des Niamey, peu après le coup d'Etat, le 22 février 2010
© Reuters
Les militaires auteurs du coup d'Etat au Niger n'ont pas tardé à installer un civil à la tête de l’éxecutif pour, assurent-ils, préparer rapidement la transition et revenir à un ordre démocratique. Leur choix : Mahamadou Danda, un homme du sérail, mais sans étiquette politique.

Mahamadou Danda est le nouveau Premier ministre nigérien. Un civil pour contrebalancer le pouvoir présidentiel accordé au chef de la junte, Salou Djibo ? Pas sûr, car ce dernier est chef de l'Etat et du gouvernement, c'est-à-dire qu'il a le pouvoir de nommer et de destituer les ministres - y compris le Premier d'entre eux.

Selon plusieurs observateurs, Mahamadou Danda a été choisi pour sa position neutre à l'égard des partis politiques du pays. Le nouveau Premier ministre revendique cette indépendance, et confirme n'être affilié à aucune mouvance. "Je n’ai la carte d’aucun parti et n’assiste à aucun meeting politique", explique-t-il. A se demander si c’est bien un homme politique qui parle… Quoi qu’il en soit, ses nouvelles fonctions le placent en position d'interlocuteur privilégié pour toutes les formations politiques du pays.

Sa mission : rassurer à la fois la société civile nigérienne et la communauté internationale. "Sa nomination est un signe que les militaires n’ont pas l’ambition de rester au pouvoir", affirme un responsable nigérien. En outre, son nom n'est pas inconnu aux Nigériens. C’est un homme du sérail, qui connaît bien les arcanes du régime.

Politiquement inactif depuis dix ans

Entré tôt en politique, Danda fait ses armes dans les années 1970 au service du général Seïni Kountché, qui a mis en place un régime militaire. Il est alors secrétaire permanent du Conseil supérieur d'orientation nationale (CSON), l'organe de direction du régime. Il occupe aussi, un temps, le poste de secrétaire administratif du Mouvement national pour la société de développement (MNSD), le parti unique du pays. De 1987 à 1988, il obtient le portefeuille des Ressources animales et de l'Hydraulique dans le gouvernement du général Ali Saïbou, successeur de Seïni Kountché.

Onze ans plus tard, Mahamadou Danda est de retour au sein du gouvernement, occupant cette fois le fauteuil de ministre des Sports, de la Culture et de la Communication. Des fonctions auxquelles vient s'ajouter celle de porte-parole du gouvernement de transition, au moment où le coup d'Etat contre le général Ibrahim Baré Maïnassara porte à la tête du gouvernement le commandant Daouda Mallam Wanké.

Ces dix dernières années, Mahamadou Danda évoluait en marge des sphères politiques, en tant que conseiller politique à l'ambassade du Canada à Niamey. "Je ne suis pas actif politiquement mais je fais des analyses politiques en tant que technicien", résume-t-il sobrement.

Restaurer la démocratie

Né en 1951 à Tahoua, dans l'ouest du pays, ce père de six enfants est diplômé de l'ENA de Niamey. Il a ensuite étudié au Burkina Faso puis au Canada, avant d'obtenir un doctorat en sciences politiques à Bordeaux, en France.

Il estime avoir été choisi par la junte "parce que considéré comme en retrait de la scène" politique. Selon Abdourahamane Ousmane, du Réseau des journalistes pour les droits de l'Homme (RJDH), qui affirme avoir déjà travaillé avec lui, il est "sérieux, efficace et très méthodique".

"Ma priorité c'est principalement la restauration de la démocratie", a-t-il expliqué le 23 février.
Mais s’il affirme avoir réclamé à la junte, au pouvoir depuis le renversement de Mamadou Tandja, le 18 février dernier, "des garanties nécessaires pour être sûr de m'engager dans un processus devant aboutir à la restauration réelle de la démocratie", il ne précise pas la nature desdites garanties.

Les militaires putschistes ont suspendu la Constitution très controversée d'août 2009, dissous le gouvernement et annoncé la tenue d'élections à l'issue d'une période de transition dont la durée n'a pas été déterminée.


Le casse-tête de la CEI
Présentation d'une liste électorale provisioire à Abidjan, novembre 2009

Présentation d'une liste électorale provisioire à Abidjan, novembre 2009
© Issouf Sanogo/AFP
Un nouveau président de la Commission électorale indépendante (CEI) doit être nommé aujourd’hui. Il héritera d’une organisation aux enjeux considérables, qui est aussi l’une des plus complexes à gérer du pays. Revue des problèmes en suspens.

Formellement créé en 2001, pendant la crise ivoirienne, cet organe n’a pris sa forme actuelle qu’à l’issue des accords de Pretoria III, en 2005. Elle est composée de plus de 12 000 « commissaires locaux » et 5 000 membres de bureaux de vote, auxquels s’ajoutent le personnel d’entretien et de sécurité.

« Mammouth » administratif

Ce « mammouth » est périodiquement paralysé par les grèves dues aux retards de paiement des salaires.

Quatre cent trente huit commissions régionales (dont une vingtaine pour le seul district d’Abidjan) viennent compléter ce maillage local, chapeauté par une commission centrale de 31 personnes. La plupart des institutions (présidence, assemblée nationale, ministères…) et tous les partis politiques sont représentés dans ce dernier organe.

Encore au-dessus se trouve le bureau exécutif. Jusqu’à la dissolution décidée par Laurent Gbagbo le 12 février, il était composé de 12 membres divisés en trois camps politiques distinct : les pro-Gbagbo, les Forces nouvelles et l’opposition.



Sarkozy à Kigali pour une réconciliation historique
Le président français Nicolas Sarkozy est attendu à Kigali jeudi 25 février

Le président français Nicolas Sarkozy est attendu à Kigali jeudi 25 février
© AFP
Nicolas Sarkozy est arrivé à Kigali ce matin (8h30 GMT). C'est la première fois depuis le génocide de 1994 qu'un président français se rend officiellement au Rwanda. Enjeux d’une visite historique.

Nicolas Sarkozy n'est pas à une contradiction près. C'est un opposant déclaré de toute « repentance » de la France pour ses crimes passés. Mais c’est aussi sous sa présidence que les relations diplomatiques ont été rétablies le 29 novembre dernier avec le Rwanda, après trois ans d’interruption, alors que le rôle présumé de la France dans le génocide avait fait couler beaucoup d'encre dans ce pays.

« Tourner la page »

C'est la première visite d’un président français au Rwanda depuis 25 ans et, surtout, la première depuis le génocide de 1994. Le discours de Sarkozy est donc très attendu. Mais sa relation ambigüe à l'Histoire le place dans une situation assez inconfortable : chaque mot qu'il va prononcer sur le génocide et sur le rôle de la France va immanquablement être guetté, interprété et décortiqué par ses hôtes avec une attention toute particulière…

Pendant sa visite (de quelques heures seulement), le président fraçais doit déposer une gerbe au Mémorial du génocide et s’entretenir avec Paul Kagamé, le président rwandais et dirigeant historique du Front patriotique rwandais (FPR), la rébellion tutsie qui a fait tomber le régime de Juvénal Habyarimana, grand ami de la France.

L'entourage de Nicolas Sarkozy ne fait pas mystère des objectifs de cette visite : il s’agit de « tourner la page », après trois années de rupture diplomatique entre Paris et Kigali. Les relations entre les deux pays avaient été rompues par le Rwanda après l’émission de neuf mandats d’arrêt par un juge d'instruction anti-terroriste, Jean-Louis Bruguière, à l'encontre de proches de Paul Kagamé.

Kigali se rapproche du monde anglophone

Membre du même parti politique que le président français, Jean-Louis Bruguière soupçonnait Kagamé d’être à l’origine de l’attentat contre l’avion présidentiel d’Habyarimana, qui avait causé la mort de ce dernier et marqué le début du génocide.

Pendant ces trois années, Kigali s’est beaucoup rapproché du monde anglo-saxon. Le Rwanda entretient une relation cordiale avec Washington, privilégie désormais l’enseignement de l'anglais au détriment du français dans ses écoles, et vient d’adhérer au Commonwealth, ce club regroupant essentiellement d’anciennes colonies britanniques.

Autant de signes qui peuvent être interprétés comme une défiance vis-à-vis de Paris. Grâce à l'action du ministre français des Affaires Etrangères Bernard Kouchner – ami de Paul Kagamé et critique envers le rôle de la France au Rwanda au début des années 1990 – et à la reprise de l’enquête du juge Bruguière par un autre magistrat, Marc Trévidic, les relations entre les deux pays se sont apaisées, jusqu’au rétablissement récent des relations diplomatiques.

Mais pour que de vraies relations cordiales soient renouées entre les deux pays, Kigali attend plus de Paris, et notamment une déclaration de repentance française. Sarkozy, par principe opposé à cette démarche, pourrait cependant faire un grand pas dans cette direction aujourd’hui. A condition qu'il sache trouver les mots justes.


Libération des quatre islamistes : l'Algérie rappelle son ambassadeur
Le français Pierre Camatte (à d. avant sa capture) est détenu par AQMI depuis novembre 2009

Le français Pierre Camatte (à d. avant sa capture) est détenu par AQMI depuis novembre 2009
© AFP
Comme la Mauritanie, l'Algérie a réagi vigoureusement à l'égard du Mali après la libération de quatre islamistes, réclamée par AQMI en échange de l'otage français Pierre Camatte. Visiblement obtenue sous la pression de Paris, la décision de Bamako risque de compliquer encore la coordination des pays de la région contre la nébuleuse terroriste.

La libération de quatre islamistes par le Mali n'en fini pas de faire des remous. Après la Mauritanie ce mardi matin, c'est l'Algérie qui a annoncé le rappel de son ambassadeur à Bamako pour "consultations". Il s'agit de protester contre la libération par le Mali de quatre islamistes réclamée par Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).

"Prétexte fallacieux"

Alger a agi "suite à la décision du gouvernement malien de procéder à la libération de quatre terroristes qu'il détenait", a déclaré le porte-parole du ministère algérien des affaires étrangères. Qui n'a pas hésité à qualifier de "prétexte fallacieux" la raison avancée par Bamako pour justifier la libération des quatres hommes. Arrêtés en avril 2009 à Kidal dans le nord du pays pour détention d'arme de guerre, les terroristes - deux Algériens (Mohamed Ben Ali et Tayed Nail), un Burkinabé (Houti Karito) et un Mauritanien (Beib Ould Nafa) - ont été jugés jeudi 18 février et libérés dans la nuit du dimanche 21 au lundi 22 février, car ils avaient déjà "purgé leur peine de neuf mois" de prison pendant leur détention provisoire.

L'algérien Abou Zeid, émir d'AQMI, menaçait d'exécuter le français Pierre Camatte, qui avait été capturé en novembre 2009 dans le nord du Mali. Un ultimatum avait été fixé au samedi 20 février.

La menace avait provoqué l'intervention des autorités françaises dans cette affaire : le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, s'était rendu deux fois à Bamako, les 1er et 13 février. Selon certaines sources maliennes, la France réclamait la libération de Pierre Camatte "par tous les moyens".

Colère d'Alger

La virulence de la réaction d'Alger est également liée au regain de tension entre la France et l'Algérie ces dernières années. Les relations diplomatiques entre ces deux pays, déjà minées par plusieurs affaires comme celles des moines de Tibéhirine ou de l'incarcération du diplomate algérien Mohamed Ziane Hassen, se sont une nouvelle fois crispées après la publication d'une interview de Bernard Kouchner dans le Journal du Dimanche (France), le 21 février.

Le chef de la diplomatie française y déclare notamment que les relations entre les deux pays seront "peut-être plus simple" après le départ de "la génération de l'indépendance algérienne", actuellement au pouvoir. Le ministre, ainsi que le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, se sont d'ailleurs rendus à Alger le 21 février pour tenter d'aplanir les différends franco-algériens. Apparemment sans grand résultat.

Mais surtout, la mésentente entre Alger et Nouakchott, d'une part, et Bamako de l'autre, risque de rendre difficile la coordination régionale de la lutte contre AQMI, alors que l'organisation semble reprendre des forces et multiplie les coups d'éclat depuis début 2009.

Accord à l'arraché sous l'égide de Compaoré


Blaise Compaoré accueilli par Laurent Gbagbo le 22 février 2010 à l'aéroport d'Abidjan
© AFP
La médiation du président burkinabé Blaise Compaoré a été payante. Au moins sur le papier. Un nouveau gouvernement ivoirien avec des membres de l'opposition doit être annoncé dans la journée (mardi). Elle n'a toutefois pas confirmé sa participation à la nouvelle équipe. Les dirigeants du RHDP et du PIT se réunissent aujourd'hui pour en discuter. Une nouvelle Commission électorale indépendante (CEI) doit être formée "dans la semaine".

Mise à jour le mardi 23 février 2010 à 13h34

Une élection présidentielle fin avril-début mai 2010 , Après plusieurs jours de négociations menées sous légide de Blaise Compaoré, une date pour le scrutin présidentiel a été avancée par les différents acteurs de la crise politique ivoirienne. Lélection devrait avoir enfin lieu dici à "fin avril-début mai 2010".

Une élection présidentielle "fin avril-début mai 2010"


Blaise Compaoré accueilli par Laurent Gbagbo le 22 février 2010 à l'aéroport d'Abidjan
© AFP
Après plusieurs jours de négociations menées sous l'égide de Blaise Compaoré, une date pour le scrutin présidentiel a été avancée par les différents acteurs de la crise politique ivoirienne. L'élection devrait avoir enfin lieu d'ici à "fin avril-début mai 2010".

Les consultations menées en urgence depuis dimanche par le médiateur de la crise ivoirienne, le président burkinabè Blaise Compaoré, semblent avoir porté leurs fruits mardi 23 février. Les différentes parties sont en effet tombées d'accord pour organiser le scrutin présidentiel avant fin avril-début mai 2010, selon un communiqué publié par le représentant du "facilitateur" burkinabè à Abidjan.

Blaise Compaoré a d'abord rencontré, dimanche 21 février, les représentants de l'opposition Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara. Leurs négociations ont été infructueuses, puis les trois hommes se sont de nouveau rencontrés lundi dans l'après-midi. Peu avant, le président burkinabè s'était entretenu avec le président ivoirien Laurent Gbagbo et son Premier ministre Guillaume Soro.

Au sortir de ces tractations, une solution semblait donc avoir été trouvée, puisque Guillaume Soro devait annoncer la liste de son nouveau gouvernement dans la journée de mardi. Pour l'heure, sa composition n'est pas encore connue, et on ignore si des membres de l'opposition y figureront.

"En ce qui concerne la formation du gouvernement, les négociations entre les membres" du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) et le Parti ivoirien des Travailleurs (PIT) "continuent" avec le Premier ministre Guillaume Soro, a déclaré à la presse le président du directoire du RHDP Alphonse Djédjé Mady mardi.

Accalmie

Mais ces dispositions -un nouveau gouvernement et une date pour l'élection présidentielle- laissent espérer une accalmie dans la crise qui agite le pays depuis décembre 2005, date à laquelle s'est terminé le mandat de Laurent Gbagbo sans que celui-ci quitte le pouvoir.

Depuis, les rebondissements politiques se sont succédés et le scrutin présidentiel est allé de report en report. Dernier remous en date, Laurent Gagbo a dissous la Commission électorale indépendante (CEI) ainsi que le gouvernement. Le dernier président de la CEI Robert Mambé Beugré était accusé par le camp présidentiel de "fraude" sur la liste électorale et de complicité avec l'opposition.

Ces événements ont déclenché une vague de contestation dans les villes du pays, où les manifestations anti-Gbagbo ont fait plusieurs morts et de nombreux blessés.

Dans ce climat tendu, la diffusion de la chaîne de télévision France 24 a été "suspendue" lundi pour "traitement non professionnel de l'information" sur "l'actualité politique" ivoirienne. Une décision que la direction de la chaîne française juge "injustifiée" et qu’elle a "regretté".




Sursis ou rémission ? L’incertitude planant sur l’avenir politique de la Côte d’Ivoire semble avoir été levée, du moins pour les prochains jours. Arrivé en urgence ce lundi à Abidjan après avoir reçu la veille une délégation de l’opposition ivoirienne à Ouagadougou, le président burkinabé Blaise Compaoré a dirigé une médiation qui a permis un déblocage de la situation, alors que deux personnes sont encore mortes lundi à Daloa (Ouest) dans de nouveaux affrontements entre opposants et forces de l’ordre (lesquelles auraient tiré à balles réelles). Un drame qui s’ajoute à celui de Gagnoa (Centre-Ouest), où cinq personnes étaient décédées vendredi dans des circonstances similaires. Ce qui avait conduit la France à appeler au « dialogue » et à la « responsabilité » des dirigeants ivoiriens.

Parrain de l’accord d’hier, obtenu à l’arraché, le « facilitateur » Compaoré a indiqué que l'opposition avait finalement « accepté » de « s'engager dans la reconstruction du gouvernement » qui doit être connu ce mardi 24 février.

Celle-ci n'a toutefois pas pas confirmé la nomination de ministres issus de ses rangs au sein du nouveau cabinet. Ce sujet était certainement au menu des discussions entre l'ancien président Henri Konan Bédié et l'ex-Premier ministre Alassane Ouattara à Abidjan ce matin. Les deux leaders du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) ont été rejoint au domicile de Bédié par Francis Wodié, président du Parti ivoirien des Travailleurs (PIT).

L’opposition renoncerait donc à la condition qu’elle avait posée pour sa participation à l’exécutif, à savoir le « rétablissement » préalable de la Commission électorale indépendante (CEI) qui avait été dissoute par le chef de l’Etat Laurent Gbagbo avec le gouvernement, le 12 février dernier. Celle-ci doit être annoncée « dans la semaine ».

Boîte de Pandore

Selon Guillaume Soro, Premier ministre reconduit et leader des Forces nouvelles (ex-rébellion), le premier conseil des ministres devrait se tenir dans la foulée de l’annonce du gouvernement par Laurent Gbagbo. Cette avancée devrait « permettre de travailler très rapidement sur la qualité de la liste électorale » en vue de « fixer très rapidement une échéance pour l'élection présidentielle cette année », a déclaré Compaoré hier soir, en compagnie de Gbagbo et Soro.

La CEI est chargée d'organiser un scrutin présidentiel sans cesse reporté depuis la fin du mandat de Laurent Gbagbo en décembre 2005. Les derniers événements l’ont encore renvoyé à une date indéfinie. Le dernier président de la CEI Robert Mambé Beugré a été accusé par le camp présidentiel de « fraude » sur la liste électorale et de complicité avec l'opposition. Sa faute : avoir tenté, selon l'enquête judiciaire ouverte par le ministère de l'Intérieur, d'introduire frauduleusement 429 030 noms sur la liste définitive. La dissolution de la CEI et celle du gouvernement, le 12 février, avait rouvert la boîte de Pandore.

Outre les sept morts de Gagnoa (ville natale de Laurent Gbagbo) et de Daloa, le CICR a fait état de nombreux blessés dans plusieurs endroits du pays. Comme à Abobo, quartier populaire du nord d'Abidjan dirigé par le Rassemblement des républicains (RDR) de Alassane Ouattara, où les échauffourées auraient fait au moins "trois blessés". À Katiola (centre), le domicile du porte-parole du chef de l'Etat, Gervais Coulibaly, avait été saccagé la semaine dernière. Dans ce climat tendu, la diffusion de la chaîne de télévision France 24 avait été « suspendue » lundi pour « traitement non professionnel de l'information » sur « l'actualité politique » ivoirienne. Une décision que la direction de la chaîne française juge « injustifiée » et qu’elle a « regretté ».




Salou Djibo devient chef de l'Etat


Salou Djibo,le chef de la junte qui a renversé le président du Niger Mamadou Tandja le 21 février
© AFP
La junte qui a pris le pouvoir au Niger lors d'un coup d'Etat la semaine dernière a annoncé lundi que son dirigeant devenait chef de l'Etat le temps d'une "période de transition" et de la création de nouvelles institutions.

La junte arrivée au pouvoir au Niger depuis moins d'une semaine a annoncé lundi que son chef devenait président pour une "période de transition", tandis que le chef d'Etat déchu Mamadou Tandja restait détenu dans une villa "luxueuse".

Durant cette période, de nouvelles institutions seront créées, selon une ordonnance lue lundi soir à la radio publique.

Période de transition non précisée

"Le CSRD (Conseil suprême pour la restauration de la démocratie, junte) est l'instance suprême de conception et d'orientation de la politique de la nation, il est dirigé par un président qui exerce les fonctions de chef de l'Etat, chef du gouvernement", selon l'ordonnance.

La chef d'escadron Salou Djibo, à la tête du putsch de jeudi qui a fait au moins trois tués lors de combats autour du palais présidentiel et inconnu du public jusqu'à présent, endosse le costume présidentiel.

Le nouveau chef d'Etat "nomme par décret un Premier ministre et les membres du gouvernement et met fin à leur fonction", précise cette déclaration des militaires sans indiquer qui occupera ces fonctions.

La radio précise que l'ordonnance est relative à "l'organisation des pouvoirs pendant la période de transition".

La durée de la transition n'est pas indiquée.

Nouvelles institutions

Un "organe" sera crée sous l'autorité du président du CSRD et sera chargé de rédiger un code pénal et une nouvelle constitution qui sera soumise au référendum pour son adoption, est-il encore ajouté dans cette ordonnance.

Un Comité constitutionnel et une Cour d'Etat seront crées pour remplacer la Cour constitutionnelle et la Cour suprême, dissoutes après le coup d'Etat.

Et un "Observatoire national de la Communication (ONC)" remplacera le Conseil supérieur de la Communication (CSC), également dissout.
Dès leur arrivée au pouvoir, les militaires avaient suspendu la constitution très controversée d'août 2009, dissous le gouvernement et annoncé des élections à une date non fixée.

Lundi après-midi, le Front uni pour la sauvegarde des acquis démocratiques (Fusad), une importante organisation réunissant syndicats et groupes de défense des droits de l'Homme, avait appelé "les militaires à tenir leur promesse de restaurer la démocratie dans les délais les meilleurs".

Samedi, un membre de la junte affirmait que la junte voulait "assainir la situation politique" et "réconcilier les Nigériens". "Nous comptons organiser les élections, mais avant, il faut assainir la situation", assurait le colonel Djibrilla Hamidou Hima.

Le Collectif des organisations de défense de droit de l'Homme (CODDH) appelait la junte à "aller vite pour aboutir à la restauration de la démocratie et au respect des droits de l’Homme".

La communauté internationale et l'opposition ont condamné ce coup et multiplié ces derniers jours les appels à un retour rapide aux règles démocratiques.
Dimanche, une mission de représentants de l'ONU et d'Etats africains a indiqué avoir reçu des militaires les "garanties nécessaires" quant à une normalisation de la situation.

Mamadou Tandja, arrêté lors du coup mené en plein conseil des ministres, serait détenu dans une résidence officielle où seul son médecin est autorisé à lui rendre visite, selon l'ex-parti au pouvoir.

Dimanche, le colonel Hima affirmait que M. Tandja était "dans un local appartenant à l'intendance de la présidence et est gardé dans de très bonnes conditions". La Croix-Rouge a été autorisée à lui rendre visite lundi, a-t-il indiqué.

La rue a donné son appui à la junte avec des manifestations de soutien de milliers de personnes à Niamey, dans d'autres grandes villes du pays. Aucun trouble significatif n'a été signalé depuis.

M. Tandja, dont le dernier quinquennat s'achevait en décembre, s'était maintenu au pouvoir en faisant adopter une constitution prolongeant son mandat.

Islam made in France


Rassemblement à Saint-Priest, près de Lyon, après l'incendie criminel de la mosquée, en 2008
© AFP
Le récent débat sur l’identité nationale a donné le sentiment aux musulmans français que l’on instruisait leur procès. Reportages au cœur d’une communauté blessée par cette stigmatisation.

« Qu’Allah bénisse la France »… Avec ce titre volontairement provocateur pour l’« hidjabophobe » du coin et tout ce que l’Hexagone compte de fétichistes de la pureté laïque, le slameur Régis Fayette-Mikano, né à Paris de parents congolais et converti à l’islam soufi sous le nom d’Abd al Malik, publiait il y a cinq ans un livre choc dans lequel il racontait sa « déconstruction-reconstruction » d’enfant des cités en quête d’intégration. Un itinéraire que n’empruntera pas le ministre de l’Immigration, Éric Besson, né à Marrakech de parents français et contraint par la rumeur de publier un pénible démenti officiel quant à ses velléités de conversion pour l’amour d’une jeune Tunisienne, au sortir de quatre mois de débats houleux sur l’identité nationale. Si Allah bénit la France, Il n’y est pas encore heureux.

Arrière-pensées politiciennes

En faudrait-il encore une preuve que cet exercice, dont le Premier ministre François Fillon a sifflé la fin provisoire le 8 février, vient opportunément de la fournir. Si nul ne peut faire à Nicolas Sarkozy et Éric Besson le procès de ce qu’ils ne sont pas – nationalistes étroits, xénophobes, islamophobes –, il leur est difficile d’échapper au soupçon d’arrière-pensées politiciennes à quelques semaines des élections régionales de mars. Comment expliquer autrement que cette controverse artificielle sur ce qui fonde l’identité française, à la fois strictement régentée par l’État et mal préparée, sans l’appui d’historiens ni but précis, ait pu avoir lieu alors que nul ne semble s’être avisé des dérapages qui, inévitablement, allaient l’accompagner ? Gagner quelques points sur la peste brune du Front national justifiait-il qu’en échange d’une poignée de mesurettes symboliques (drapeau français et Marseillaise dans les écoles), on débouche sur cette remise en cause globale de la sincérité citoyenne des 5 à 7 millions de musulmans français, lourdement présente en filigrane des 350 débats locaux organisés dans tout le pays par les préfets ?

Boîte de pandore identitaire

Empoisonné, si l’on peut dire, par le référendum suisse sur l’interdiction des minarets et la polémique sur le port du niqab et de la burqa, ce défoulement républicain a immédiatement pris l’allure d’une stigmatisation de la deuxième religion de France – et cela, au plus mauvais moment. Alors même que les musulmans français, dont la pratique religieuse est notoirement faible, progressent comme tous leurs concitoyens sur la voie d’une cohabitation apaisée et définitive, voici que l’ouverture, que nul ne réclamait, de la boîte de Pandore identitaire les renvoie à cette pression constante, normative et sécuritaire, qui est un peu la caractéristique du regard français sur l’islam. Ici, constate Vincent Geisser, chercheur au CNRS, « un bon musulman est un musulman qui n’est plus musulman, un musulman sur mesure », un musulman invisible en somme, un musulman sans culture.

Certes, affaire franco-française, le débat sur l’identité nationale n’est pas en soi illégitime, d’autant que cette thématique fut l’une de celles qui ont irrigué la campagne électorale de Nicolas Sarkozy en 2007 et qui ont fait de lui un élu du peuple. Mais l’organiser sans précaution aucune au cœur d’une nation, fille aînée de l’islam en Europe, où les enfants des immigrés d’autrefois commencent à peine à se sentir Français comme les autres, c’était prendre le risque de voir resurgir une horde de démons nauséeux. Reste à espérer que l’évolution vers plus de tolérance et plus d’ouverture, très sensible et régulièrement mesurée depuis quelques années au sein des nouvelles générations, et cela quel que soit leur univers culturel, se poursuivra. 63 % des Français estiment que le débat porté par Éric Besson n’a pas été « constructif » – ce qui est somme toute plutôt bon signe. Espérons qu’une même proportion souscrive à cette petite phrase prononcée le 26 janvier par Jamel Debbouze : « La France a aussi un autre visage et il ressemble étrangement au mien. »


Des propos polémiques de Kouchner font grincer Alger


Le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner
© AFP
Les récents propos du ministre français des Affaires étrangères, selon lesquels la tension franco-algérienne s’explique par la présence au pouvoir de "la génération de l’indépendance" ont été condamnés par les politiques et les associations.

Les réactions n’ont pas tardé après la publication dans le Journal du Dimanche (JDD) d’une interview de Bernard Kouchner.
Le ministre français des Affaires étrangères revenait, le dimanche 21 février, sur les relations de plus en plus tendues qu’entretiennent Paris et Alger. Selon lui, la présence au pouvoir de la génération de l’indépendance algérienne ne facilite pas les rapports entre les deux pays.

"La génération de l'indépendance algérienne est encore au pouvoir. Après elle, ce sera peut-être plus simple", déclarait Bernard Kouchner au JDD qui lui demandait quand les relations entre les deux pays seraient réparées.

Respect mutuel

De nombreuses associations et partis algériens ont vivement réagi dimanche et lundi, condamnant unanimement ces déclarations.
La Fondation algérienne du 8 mai 1945 –qui effectue des recherches sur le colonialisme et les massacres de 1945 orchestrés par la France en Algérie– a estimé dimanche que les propos du ministre français "n'honorent ni la France, ni son peuple, ni même les principes du socialisme dont il est tributaire ".
"L'Algérie, à votre gouverne Mister Kouchner, est indépendante. Elle est souveraine et ses politiques le sont également", a lancé, dans un communiqué, la Fondation.
Said Bouhadja, secrétaire national du Front de libération national (FLN) a exprimé son "rejet total" des propos de Bernard Kouchner. Selon lui, les relations diplomatiques franco-algériennes doivent être fondées sur "le respect mutuel et fondées sur un dialogue empreint de franchise et de transparence pour le traitement de toutes les questions qui se posent entre les deux pays".

Crispations multiples

C’est dans ce contexte pour le moins houleux que le secrétaire général de l’Elysée Claude Guéant a rencontré dimanche à Alger le Premier ministre algérien Ahmed Ouyahia. Il était accompagné du conseiller diplomatique de l’Elysée Jean-David Levitte.
L’objectif du rendez-vous était de détendre les relations entre les deux pays. Des relations toujours passionnelles, près de 50 ans après l'indépendance, mais qui se sont davantage crispées ces dernières années.

Dernier signe en date de cette tension exacerbée, la proposition de loi algérienne, début février 2010, visant à "criminaliser" le colonialisme français, deux ans avant le 50e anniversaire de l'indépendance, laquelle a suscité des réactions indignées parmi des députés français.
Début janvier, l'annonce d'un nouveau dispositif de sécurité aérienne adopté en France et incluant l'Algérie parmi les pays à risque, avait, elle, suscité le courroux d'Alger.
La crispation avait également atteint des sommets avec les rebondissements dans l’affaire des moines de Tibéhirine et les révélations récentes du général à la retraite François Buchwalter. Selon ce dernier, les moines français, dont les têtes avaient été retrouvées en juin 1996 en Algérie, auraient été abattus par erreur par l’armée algérienne lors d’une traque aux islamistes. Alger a toujours affirmé que ces meurtres étaient le fait d’un groupe djihadiste et s 'était donc montré très irrité par ces "révélations".